Le pivot d'Héricy

Mes critiques littéraires

posté le 04-01-2013 à 08:18:46

Un an de Jean Echenoz

 

                           

 

 

Un petit bijou stylistique. Il ne faut pas plus de deux heures pour lire et dévorer ce roman d'Echenoz. Un an c'est peut-être dans l'oeuvre de Jean Echenoz un des plus ténus et minimalistes romans au niveau du scénario et un des plus forts pour faire passer la pilule...je veux dire...comment écrire sur rien ou presque une histoire de cent pages si l'on ne manie pas comme il le fait la langue et la volupté des mots? Comment écrire une histoire qui ne perd rien de sa légéreté et de son humour, quand, tout au long du roman, tout ressemble tant à une chute et une déliquescence ? Et sans avoir un thriller entre les mains, comment ne pas être happé irrésistiblement par ce road-movie franchouillard avec une envie incessante de connaître la suite et la fin ?

  C'est là tout le talent de Jean Echenoz...et sans rien dévoiler de l'histoire de cette histoire sans véritable histoire, sans rien dévoiler de Victoire l'héroïne du roman, voici quelques perles de phrases repérées au fil des pages....

  Dans cette histoire où l'on prend le train, (mais aussi, comme pour tout bon road-book, la voiture et le vélo), et après avoir décrit les extérieurs banlieusards sur un départ de la gare Montparnasse, voici l'intérieur d'un compartiment:

«  Rien en somme sur quoi se pencher longuement sans lassitude, mais l'intérieur du train, à moitié vide en cette saison, n'apportait guère plus de spectacle. Un couple âgé, trois hommes seuls dont un masseur endormi, deux femmes seules dont une enceinte puis une équipe d'adolescentes à queues de cheval, appareils dentaires et sacs de sport, en route vers le match nul. »...

  Victoire l'héroïne est une femme énigmatique et...

«  Tout le temps que N. avait parlé, Victoire dans les interstices livra le moins d'informations possible sur elle-même. Non par méfiance particulière, en tout cas pas seulement, mais telle était son habitude (...)Victoire était ainsi: comme il faut bien parler quand on rencontre du monde, elle s'en sort en posant des questions. Pendant que le monde répond, elle se repose en préparant une autre question. »

  Et puis, Victoire fréquente la plage et « Victoire s'installait à l'abri, loin de l'eau glacée, dépliait une serviette puis un journal et, assise sur celle-là, feulletait celui-ci sous son walkman . » L'héroïne doit manger et «  Pour se nourrir, il lui était arrivé les premiers jours d'aller dans les restaurants les moins chers, elle abandonna vite, moins pour l'argent que pour l'espace: on ne sort d'un restaurant que pour rentrer chez soi, en sortir pour ne rentrer nulle part revient à se retrouver doublement dehors. »

  Pour finir, Victoire rencontre deux hommes qui l'hébergent et l'un d'entre eux se nomme Castel, l'autre Poussin: «  La voix de Castel était un peu cassée, lyophilisée, sèche comme un échappement de moteur froid, quand celle de Poussin sonnait toute en rondeur et lubrifiée, ses participes glissant et patinant comme des soupapes, ses compléments d'objet dérapant dans l'huile. »


  Que dire de plus de ce subtil roman ? Qu'une jolie pirouette nous attend à la dernière page (déjà!) et que c'est toute la magie d'un roman d'Echenoz que l'on referme à regret sans toutefois admirer l'écriture de son auteur qui nous laisse amusé et comme en apesanteur...Ah! Si....

 


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posté le 03-01-2013 à 07:16:48

Mapuche de Caryl Férey

                      

 

 

 

Mapuche...c'est le "peuple de la terre", nom d'un peuple indien autochtone d' Argentine (au nord de la Patagonie), chassé, spolié de ses biens, voire exterminé par les winkas, c'est-à dire les Conquistadors, colons espagnols autrefois arrivés par bateau pour envahir le pays et le continent sud-américain. Les Mapuche résistèrent bien à l'envahisseur jusqu'à la fin du XIXème siècle mais aujourd'hui, beaucoup vivent à l'écart de la société, avec cette rancoeur à l'égard de l'occupant.

 Jana est une jeune femme marginale qui fait partie de ce peuple. Elle est sculptrice et s'est liée d'amitié avec un dénommé Miguel, travesti et prostitué notoire qui travaille à Boca, le sale quartier de Buenos Aires. 

  L'autre personnage important du roman, c'est Ruben Calderon. Fils du poète Daniel Calderon qui a disparu et a été torturé par la dictature au pouvoir, Ruben, qui a aussi perdu sa soeur, a vu sa famille démembrer par la junte militaire. Il a également été autrefois enfermé dans les geoles argentines et a subi les pires violences et humiliations. Il s'en est sorti et depuis le changement de régime et la chute des militaires, Ruben s'est transformé en chasseur de tortionnaires.

  Donc entre Jana et Ruben, si les causes d'un traumatisme sont différentes, l'intensité de la douleur est bien la même. Ces deux-là, que rien ne rassemble à priori, vont unir leurs forces dans un sanglant thriller qui combine le fait divers et le fait historique. Alors que Jana cherche à trouver les assassins d'un des ses amis protitués, Ruben enquête lui sur la mort de la fille d'un grand entrepreneur du bâtiment , Edouard Campallo, soutien de campagne et ami du maire de Buenos Aires. Quels liens trouver entre ses deux affaires?

  Les deux héros du livre vont unir leurs forces et leurs convictions pour déceler la vérité sur ces morts ou disparitions jusqu'à un final mouvementé et digne des plus grands thrillers noirs américains. Alternant les passages historiques et ceux où l'enquête bat son plein, l'écriture et le sens du récit de Caryl Férey est saisissante et m'a tenu en haleine durant tout le roman. Sans conteste, un grand écrivain. J'ai aimé le côté historique du livre où l'auteur nous décrit un pays et son histoire, un pays avec ses traumatismes dont il se sert pour asseoir l'énigme. C'est extra! Ayant situé ses romans précédents en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud, j'ai hâte de découvrir les écrits de cet écrivain baroudeur.

 

 

 


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posté le 21-12-2012 à 06:38:21

Des hommes illustres de Jean Rouaud

 

           ♥

 

 

 

 Tout commence par des soucis domestiques  d'éclairage et une lampe à pétrole oubliée, une combustion mal maîtrisée qui va couvrir de suie tout le magasin. Il faut s'employer à le nettoyer.

  C'est samedi et ça tombe bien car le grand Joseph va rentrer de sa dure semaine de pérégrination en Bretagne, retrouver son village et sa famille.

  Le grand Joseph, c'est le père et le héros dont Jean Rouaud retrace la vie. Passionné de vieilles pierres et bricoleur ingénieux, comme un Depardieu qui remplirait l'écran, Joseph l'autodidacte occupe tout le livre d'une présence familiale sans faille.

  "Il tirait une fierté légitime des ses rafistolages et de ses dons d'improvisation. Il avait ainsi inventé de chauffer la grande chambre donnant sur la rue en la faisant traverser par le tuyau du poêle du magasin situé au-dessous. L'idée lui en était venue à la lecture d'un article d'" Historia"  sur le mode de chauffage par les murs d'une villa gallo-romaine.Le tuyau traversait le plancher, décrivait à l'aide de coudes et de suspension une géométrie anguleuse dans la chambre, et retrouvait le conduit de la cheminée à un mètre au-dessus de la tête de lit, ce qui nous obligeait à faire très attention au moment du coucher et du lever, car un coup de tête, outre le désagrément, risquait de déséquilibrer le fragile édifice tubulaire. Il y eut des sculptures contemporaines du même ordre dont on s'extasie encore".

  Et bien moi, je m'extasie du style "Rouaud", fait de phrases immenses, ponctuées incessamment de virgules, d'un vocabulaire et d'une minutie parfois très "échenozienne". De plus, c'est drôle.

  "Des hommes illustres" dépeint les années 50-60 à travers le souvenir de cet homme, -le grand Joseph-, voyageur de commerce, homme inoxydable et exceptionnel aux yeux de ses enfants et d'un fils qui raconte une icone, son père. Au volant de sa 403, Papa Joseph sillonne la Bretagne et ses petits villages pour fournir ce que Jean Rouaud nomme pour l'époque, une quasi-économie de montagne:" de la bouteille de gaz au papier à lettre en passant par les déjeuners en porcelaine "souvenir de  ma première communion. C'est là que Papa intervenait.(...) La Bretagne avait le don de ces commerces composites où les couples réunissaient leurs talets comme on ajoute une corde à son arc dans l'espoir d'améliorer l'ordinaire".

 Jean Rouaud dépeint donc la France provinciale de cette époque et il ya des passages vraiment exceptionnels. Parfois, il faut s'y reprendre à deux fois pour bien lire et saisir, profiter de son écriture...mais, en concoctage de phrases tortueuses et bondissantes, j'ai trouvé quelques petites perles. Du style...

  A propos des vaches, c'est excellent...: "Dès qu'on quittait une nationale pour s'enfoncer dans la campagne profonde, il fallait compter avec les troupeaux de vaches qui barraient de leur démarche désabusée toute la largeur de la chaussée, opulentes, lascives, le pis ballottant entre les pattes arrière à presque toucher terre, ruminant dans leurs gencives le même ennui incommensurable, comme si de porter sur leurs flancs ballonnés cette étrange géographie de continents bruns et d'océans ivoire les avait convaincues que le monde, elles en avaient fait letour"...Prodigieux, non? Parler des vaches de telle manière...

  Bon je ne vais pas recopier tout le livre juste encore ceci...  

  A propos de la voiture...: "La 403 ployait sur son essieu arrière. Ainsi pesamment chargée, elle donnait l'impression de chercher sans cesse à s'envoler. Il aurait pu suffire aux lourdes valises d'écraser la voiture, mais elles avaient aussi entrepris de raboter les disques vertébraux de leur manipulateur (Joseph!), se montrant dans ce travail d'érosion, semaine après emaine, d'une redoutable efficacité. Sur la fin, la douleur qui le tenaillait ne le lâchait plus. Pour tenter de calmer la douleur, il vidait ses tubes de Véganine à la même vitesse que ses paquets de Gitanes".

 Jean Rouaud raconte donc la vie et la mort de ce père illustre, comme autrefois avant lui, Plutarque écrivait "La vie parallèle des hommes illustres", cherchant à magnifier la vie de gens somme toute ordinaire. Quelqu'un de très doué ce grand Joseph -un passage sur ses qualités d'acteur de théâtre également; et en plus d'être ingénieux, il est infatigable, rebelle, -il ne se laisse pas embarquer par le S.T.O. au moment de la guerre et animé d'un sens de la vie au-delà du commun des mortels. En tout cas, c'est ainsi que nous le présente l'auteur, quelqu'un qui brille naturellement.

  J'ai aimé ce roman car les mots sont un délice (même si parfois...on s'y perd!). Il y a des auteurs qui ont vraiment du talent...Jean Rouaud en fait partie, on aimerait manier la langue française comme il le fait -une fois encore, n'est pas Goncourt qui veut, lui l'a été. L'intérêt du livre réside donc bien dans la mise en scène, dans le choix des mots et dans cette écriture alambiquée parfois mais aussi magnifique très souvent, et , à priori un sujet bien banal : Jean Rouaud réussit à faire le portrait d'un père, dépeindre l'époque de la guerre et de son après. On se plait à vivre cette aventure toute simple et à replonger dans la jeunesse de ses parents (et bien sûr, des miens, des notres).

  Une réussite des Editions de Minuit.

 

 


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posté le 01-12-2012 à 05:32:31

Le grand Coeur de Jean-Christophe Rufin

 

 

 

                   


 

 

 

 

Il y a 3 ans et demi, j'avais lu le titre majeur de M. Rufin, (j'écris Monsieur car, quand même, Monsieur Rufin fait partie de l'Académie Française, il en est d'ailleurs le cadet...), à savoir "Rouge Brésil" et puis, plus tard, j'avais regoûté au plaisir de sa plume historique et fouillée en lisant "L'Abyssin". N'est pas Prix Goncourt qui veut, ni qui peut.

Monsieur Rufin est un homme brillant, tout ce qu'il touche se transforme en réussite et ses écrits, au même titre que sa vie, sont passionnants.

Le roman "Le grand Coeur" est un roman historique qui s'attache à retracer la vie de Jacques Coeur, sorte d'aventurier d'un autre temps comme les aime Jean-Christophe Rufin. Dans Rouge Brésil, l'histoire se déroulait à la Renaissance (1555) et l'on partait à la découverte de l'Amérique avec un chevalier dénommé Yves de Villegagnon; pour L' Abyssin, nous partagions la vie de Jean-Baptiste Poncet, apothicaire sous Louis XIV; cette fois-ci Jean-Christophe Rufin nous fait plonger dans la période du bas Moyen-Age sous le règne de Charles VII.

Jacques Coeur fait l'objet de nombreux ouvrages (personnellement je n'en n'avais jamais entendu parler...preuve d'une inculture notoire !) car son oeuvre et son parcours sont pour le moins atypiques et marquent un tournant dans l'Histoire médiévale française. Né vers1400, ce qui en fait un contemporain de Jeanne d'Arc, et fils d'un simple maître fourreur, il va réussir une prodigieuse ascension sociale et vite être un proche du roi Charles VII. Il va quitter la ville de Bourges où il grandit et fait ses premières armes dans le commerce pour retrouver Paris où il devient "Maître des Monnaies": son travail est de fabriquer des pièces d'or et d'argent en réquisitionnant les fameux métaux dans la population afin de fournir de l'argent au roi. Pour combattre l'ennemi anglais et lever des armées, il faut de l'argent frais.Charles VII va reconnaître ses talents et en faire son grand "argentier", un sorte de banquier ou ministre des Finances du royaume.

Doué pour les affaires et son sens du négoce, et alors que le monde médiéval qui l'entoure est tourné vers les croisades, la guerre et la chevalerie, il va créer une sorte de société commerciale avec les pays d'Orient. Il se rend en Egypte, en Syrie et, plutôt que d'affronter le monde musulman ennemi, il y voit la possibilité d'un énorme commerce dont il pourra tirer des profits. Marchand international, il va concurrencer les Italiens (Gênes, Venise, Florence) et devenir armateur. Des profits pour le roi, bien sûr, mais aussi pour lui et sa fortune va devenir immense, et comme le laisse entendre l'auteur qui romance à merveille sa fastueuse vie, Jacques Coeur va devenir l'homme le plus riche du royaume. Il rachète moults châteaux dans le Royaume à des seigneurs ruinés par la guerre de Cent ans et entre 1443 et 1453, Jacques Coeur va fait construire un prodigieux palais à Bourges. (...j'irai un jour le visiter...au printemps !).

Cette ascension déplait à certains et le moment de la disgrâce sonnera en 1451 quand il sera accusé de crime de lèse-majesté, accusation assez absconse, qui révèle un monde d'intérêts, de jalousies et de trahisons dans l'entourage du Roi. Il semblerait que sa fortune ait provoqué quelques rancoeurs, et sans doute celle du Roi aussi qui a ressenti la puissance de son "argentier"...à moins que...à moins que son arrestation et son emprisonnement ne soit dû à une toute autre raison, une histoire de coeur justement; on prête une liaison à Jacques Coeur avec Agnès Sorel, une maîtresse du Roi Charles VII. 

Grandeur donc et décadence, la fin de la vie de Jacques Coeur est toute aventurière, inutile de la raconter, JC Rufin, parfait auteur idéal du roman historique, le fait superbement.

J'ai ressenti dans ce livre la même verve et la même passion pour les grands récits d'aventures qu'avec ses précédents écrits avec un attachement particulier de Rufin cette fois pour son héros. Le fait que le récit soit raconté à la première personne et que la situation de départ du roman ne soit éloignée de la situation finale que par le récit de sa vie (500 pages, quelques heures de lecture) une sorte de biographie de sa vie, apporte une proximité attachante envers le héros présenté comme un homme bon et simple, avec la vision originale d'un précurseur sur le monde à venir : la Renaissance est proche. La plume est toujours soignée, on trouve le vocabulaire historique et les quelques mots inusités dont raffole l'écrivain, c'est donc bien un Rufin, le rythme de l'histoire toujours soutenu et le titre attractif...Un bon livre assurément pour qui souhaite s'immerger dans la fin du Moyen-Age.

 


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MaxLouisM  le 29-01-2013 à 18:16:07  #   (site)

Bon jour,

Je ne connais pas cet auteur, mais j'aime votre critique que vous déployez avec maestria. Je vais commander ce livre pour mon anniversaire qui est ... bientôt. Sourire
J'ai eu l'occasion de lire quelques livres qui retracent la vie, en roman ou non, de certains grands hommes ou femmes comme par exemple : "François I er" de Jean Jacquart, il y a déjà un certain temps.

 
 
posté le 07-11-2012 à 09:42:40

14 de Jean Echenoz

                  

 

 

Encore une pépite. Un joyau, un plaisir, j'ai adoré. 120 pages (seulement) d'un pur bonheur d'écriture. Le maître a encore frappé.

Après s'être attelé à la biographie romancée dans Courir, Ravel et Des éclairs, Jean Echenoz s'empare du sujet de la Grande Guerre. 14 est un livre grave mais doté d'une finesse et d'une savoureuse drôlerie dans l'écriture. Il est toujours succulent de rebondir dans la lecture d'un roman de Jean Echenoz, au rythme des virgules et des appositions, paragraphe après paragraphe, souriant à la justesse et la poésie de ses mots. Quel talent! Et surtout, ne pas aller trop vite...prendre son temps pour savourer une sorte de quintessence de l'écriture..

Après ces éloges, je vais courtement parler du livre et donner quelques passages. De sa concision, car tout en 14 est réduit. Là où certains auraient donné comme titre à ce roman « La grande guerre » ou « La guerre de 14/18 »  ou je ne sais encore, pour l'auteur, juste 14 suffise. Là où certains essaient de vendre leurs romans en nous faisant saliver en 4ème de couverture avec un long texte très descriptif qui raconte parfois presque l'histoire, Jean Echenoz, lui, n'écrit que 3 lignes et suscite le mystère.

« Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Et dans quel état. » J'adore !!! Rien que cela...et c'est toute la magie d'Echenoz.

120 pages sur la grande Guerre donc et presque nul récit des combats. On est loin des livres qui raconte les tranchées et le tragique quotidien de nos poilus (ceux que j'ai pu lire et qui m'ont aussi passionnés..Le feu...A l'ouest, rien de nouveau..); Echenoz raconte à sa façon, avec une sorte de désinvolture, cette période, le contexte autour de la guerre, les destins de ces 5 hommes qui partent au front et, bien sûr pour peu de temps, comme on le pensait à l'époque, une quinzaine de jours suffirait à régler leur compte aux allemands. 5 hommes provenant d'un village perdu dans la campagne vendéenne où l'usine de chaussures fait vivre les gens. Le village va bientôt être déserté par ses hommes car la guerre sépare les familles et les couples, Echenoz esquisse un tableau de toutes les conséquences de ...14. Et puis, il y a Blanche qui reste seule, Blanche qui attend son enfant, seule. Qui reviendra vers elle? Qui reviendra vivant? Nous le saurons bientôt.

Il est difficile d'en dire plus, il n'y a rien de plus dans la trame du roman, mais c'est le point de vue de l'auteur qui est parfois surprenant (décrire les animaux sur le front, décrire le lourd bagage des soldats...), en plus de l'écriture qui flatte le lecteur. Alors mon parti sera de donner quelques extraits, quelques phrases que j'ai trouvées magnifiques...notamment quand l'auteur fait la description d'un meublé, voici ce qu'on peut lire page 22:

« Il règne une drôle d'ambiance disharmonieuse dans cette chambre pourtant si calme et bien rangée. Sur son papier peint fleuri et légérement décentré, des cadres enserrent des scènes locales – barges sur la Loire, vie des pêcheurs à Noirmoutier- et les meubles témoignent d'un effort de diversité forestière tel un arboretum: bonnetière à miroir en noyer, bureau en chêne, commode en acajou et placages de bois fruitier, le lit est en merisier et l'armoire en pitchpin. Drôle d'atmosphère, donc, dont on ne sait si elle tient à la disjonction -inattendue dans une maison bourgeoise en principe soigneusement tapissée- des lais de ce papier peint passé dont les bouquets fanent en mesure, ou à cette surprenante variété mobilière de bois; on se demande comment des essences si diverses peuvent s'entendre entre elles. Et puis, on le sent très vite, elles ne s'entendent pas bien du tout, elles ne peuvent même pas s'encaisser... »

...ou bien, page 82, quand il raconte la blessure de l'un d'entre eux...

« Le silence semblait donc vouloir se rétablir quand un éclat d'obus retardataire a surgi, venu d'on ne sait où et on se demande comment, bref comme un post-scriptum. C'était un éclat de fonte en forme de hache polie, néolithique, brûlant, fumant, de la taille d'une main, non moins affûté qu'un gros éclat de verre. Comme s'il s'agissait de régler une affaire personnelle sans un regard pour les autres, il a directement fendu l'air vers Anthime (un des soldats) en train de se redresser et, lui a sectionné le bras droit tout net, juste au-dessous de l'épaule...

...., ou encore page 99 quand il raconte le silence du front entre deux combats...

"Silence certes imparfait, pas complètement retrouvé mais presque, et presque mieux que s'il était parfait car griffé par les cris d'oiseaux qui l'amplifiaient en quelque sorte et qui, faisant forme sur fond, l'exaltaient – comme un amendement mineur donne sa force à une loi, un point de couleur opposée décuple un monochrome, une infime écharde confirme un lissé impeccable, une dissonance furtive consacre un accord parfait majeur, mais ne nous emballons pas, revenons à notre affaire. ».

Que c'est beau...Il faut lire Echenoz !!!


 


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posté le 31-10-2012 à 06:30:20

Karoo de Steve Tesich

 

         

 

 

 

 

 Franchement assez déçu par ce succès de librairie.

Comme quoi il faut toujours se méfier des best sellers voire ce qu'on appelle maintenant les long-sellers (on n'arrête pas le progrès.), même s'ils sont recommandés par des personnes estimées...(Nicolas Domorand, le magazine Lire...). 600 pages d'une écriture et d'un récit qui tournent en rond, une fin qu'on annonce vertigineuse mais qui m'a laissé sans plaisir, sans émotion...je me suis franchement ennuyé à la lecture de ce roman. Tellement introspectif et si peu drôle, je pense que la critique s'est emballé un peu rapidement en comparant l'auteur aux plus grands romanciers américains. (Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow...c'est précisé en 4ème de couverture).

Pourtant, tout commençait bien puisque ce livre est très beau, un « packaging » très réussi avec une couverture magnifiquement imprimée, et même sur la tranche; en fait la couverture est comme sertie, gravée et cela donne un toucher très agréable. Beau produit, véritablement.

Ce roman, qui n'a pas connu le succès, qui n'a pas été reconnu aux States, est présenté comme une petite perle ( on n'hésite pas à qualifier ce livre de « pur joyau »...bon..) par une toute neuve maison d'édition « MonsieurToussaintLouverture ».

C'est l'histoire dérivante de Saul Karoo, un quinquagénaire new-yorkais plein aux as qui re-travaille les scénarios, réécrit les histoires pour le cinéma hollywoodien: c'est un script-doctor (ce qu'était Steve Teesich dans la vraie vie). Lassé de tout, il n'a plus le goût pour rien, est insensible à l'alcool et entretient peu de rapports avec le monde extérieur, il n'a plus qu'un ami, n'a plus de couverture sociale (et aux USA, on sait que c'est important!) et évite tout contact avec son propre fils Billy, fils adoptif qu'il a élevé avec son ex-femme Diana, superbe créature blonde. Karoo est un ermite, il n'aime personne et vit sa vie comme un observateur de sa vie, c'est un peu comme s'il était « deux », je veux dire, le narrateur interne qui se place à l'extérieur de lui-même pour raconter. Cela entraine bien sûr une lecture très analytique, toujours questionnante. D'habitude, j'aime ce genre d'écriture, de positionnement, mais là...c'est trop. Et si peu drôle...sa noirceur ne m'a pas touché.

Karoo qui a l'habitude de travailler pour un producteur appelé Crommwell, personnage symbolisant la médiocrité et le cynisme du business, se voit confier la réécriture d'un film qui lui apparaît comme étant un véritable chef-d'oeuvre; c'est l'oeuvre posthume ou presque d'une légende du cinéma américain. Karoo en est malade, mais il va démonter ce film pour son mentor, en faire une oeuvre commerciale qui va l'entrainer à sa perte (humaie, pas financière) En visionnant le film, et là, j'ai trouvé cela vraiment abracadantesque, il reconnaît la mère biologique de son fils avec qui il avait eu une unique conversation téléphonique lors de l'adoption. Donc...il décide d'aller à Venice rencontrer cette femme Leila, il tombe amoureux d'elle, lui l'être fumeur et alcolique, l'être libidineux vieillissant, elle, la jolie trentenaire. Puis, il renoue avec son fils, provoque la rencontre de Leila et Billy et l'on comprend que...Leila et Billy finissent par avoir une aventure...Bon cette agnarorèse -révélation finale d’un lien de parenté entre des personnages- est limite et si ce récit rend un peu mal à l'aise (trop d'introspection tue l'introspection... !!), c'est donc autant dans son écriture que par les éléments du récit. La fin est un véritable calvaire, j'avoue, j'ai fait ce que je ne fais jamais, « lire en diagonale » cette dernière partie où l'auteur nous entraine, juste avant de se "vider dans des toilettes", dans sa chute avec Ulysse et sa rencontre avec Dieu...on part alors à bord d'un voilier dans l'espace... !!!Au secours!!! Je tombbeeeeeeeuh.....

 

" Et ce bavardage continue.

Qui dit quoi n'a aucune importance, puisque rien n'a aucun sens et qu'il suffit à chacun de reprendre quand c'est son tour.

L'un dit une chose.

L'autre dit autre chose.

Mais cela pourrait tout aussi bien être l'inverse". Page 571...

 


Voilà donc mon avis, je pense que ce roman longuet est un peu surestimé, monté en épingle et encensé par une critique un peu complaisante. Je ne le conseillerai pas !

 


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posté le 30-09-2012 à 07:55:32

Les grandes blondes de Jean Echenoz

 

                         

 

 

 

Ce roman est sorti en 1995 et à cette date, je ne connaissais pas Jean Echenoz. Aujourd'hui, j'attends impatiemment la sortie de son nouveau roman intitulé "14", sortie imminente prévue au mois d'octobre 2012.

Lire Jean Echenoz, c'est à part, c'est une parenthèse, une bouffée d'oxygène, un intense plaisir, une délectation...je suis toujours fan, fasciné par cette belle littérature et ce style inimitable.

 

Tout d'abord mannequin puis éphémère vedette du monde des variétés (elle est l'interprète de deux 45 tours à succès), Gloire Abgrall est une grande blonde qui a défrayé la chronique. Enfin, ...était une grande blonde. La chute  de popularité  a été aussi vive pour elle que, semble-t-il, la chute de son ex-amant et imprésario dont elle a été portée  responsable (le pauvre homme est tombé du 4ème étage...). Personne charmante au demeurant, Gloire a cette fâcheuse manie de pousser dans le vide les gens qui lui déplaisent. Et donc après l'épisode de l'amant qui bascule dans le vide, la vie de Gloire a été le procès, la prison, la remise de peine pour bonne conduite et une disparition...

Ainsi, depuis quatre ans, Gloire vit en recluse dans un petit village breton, loin des caméras et des journalistes, loin des gens tout court d'ailleurs. Elle a purgé sa peine, s'est refait un look et, en voyant ses cheveux bruns et sales, son maquillage outrancier, si mal attiffée, personne ne peut se douter qu'elle est cette ancienne chanteuse. Elle vit dans un modeste pavillon aux lumières de néon blafardes, entourée de formica, de cigarettes et de médicaments dont elle abuse souvent. Seul un marin du nom d'Alain vient lui rendre visite et lui apporter du poisson ou des coquillages, lui racontant ses périples en Australie. Mais attention, qu'il ne s'approche pas de trop près, la sale manie de Gloire pourrait lui valoir quelques ennuis et les falaises ne sont pas si loin...

Parallèlement à ceci, on découvre un dénommé Salvador qui est producteur de télévision et qui veut faire une émission ou une série d'émissions sur les grandes blondes. Aidée de sa collaboratrice Donatienne, splendide créature cambrée, Salvador ne sait pas trop comment s'y prendre pour présenter ses fameuses grandes blondes, se replongeant dans des images d'archives ou cherchant des grandes blondes toujours en vogue. Puis, lui vient l'idée de retrouver Gloire Abgrall...

 Celle-ci sent qu'on s'intéresse de trop près à elle, elle quitte la Bretagne et s'enfuit de l'autre côté de la planète, direction Sydney. Puis Bombay où elle fera des rencontres particulières. Poursuivi par des enquêteurs atypiques, Gloire cherche à semer ses poursuivants et le roman devient une sorte de road-movie drolatique. Dans sa fuite, Gloire est accompagné d'un dénommé Béliard, petit homoncule visible d'elle uniquement, sorte d'ange gardien qui la conseille et la guide.

 

 Un roman d'une extrême fantaisie et d'une grande inventivité avec toute une palanquée de personnages truculents où l'auteur nous mène encore par le bout des...mots dans des aventures presque rocambolesques mais qui, toujours garde les pieds sur terre: la réalité de notre monde est bien là dans ces descriptions si fines de la vie de tous les jours. C'est vraiment délicieux à lire, une fois de plus, je suis séduit par son sens de la narration, le choix des mots, l'humour subtil, distillé dans des phrases alambiquées mais pas trop, des dialogues réussis. Et puis, comme toujours ou comme souvent, Jean Echenoz nous implique dans le roman, nous prenant parfois à témoin comme ami, employant le "on" comme pour accompagner les personnages :un style inimitable....

 

Vivement "14" !

 


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jakin  le 01-10-2012 à 07:45:52  #   (site)

Compliments pour la photo du jour et pour cette découverte.....
Jakin, smiley_id210602

MonnaiesAnciennes  le 01-10-2012 à 06:53:27  #   (site)

Bravo pour la photo du jour, bonne journée
amicalement
gege66

 
 
posté le 19-09-2012 à 07:50:52

A chacun son défi de Laurent Jalabert

 

                                                                         

 " A chacun son défi " est un livre d'un homme sain et épatant. Le témoignage d'un sportif propre, sympathique, humain et bourré de valeurs. On ne peut qu'aimer Laurent Jalabert pour ce qu'il représente dans le sport et également dans la vie. Comme un modèle.

 Ce livre ne présente pas d'exceptionnelles qualités littéraires, certes, et ne le revendique pas. Ecrit avec Alain Billouin, journaliste à « L' équipe  », il est le condensé d'une carrière sportive livrée avec réflexions et sentiments, aussi avec quelques anecdotes sportives savoureuses (les victoires, les chutes, les rencontres, les échecs...); mais il est aussi et surtout le récit de l'après. Ecrit 7 ans après sa dernière course, il présente les différentes voies de reconversion dans lesquelles "Jaja" s'est lancé.

Natif de Mazamet, Laurent Jalabert raconte un peu de son enfance et sa découverte du vélo. Les premières pentes, les dimanches avec ses parents pas forcément fortunés qui lui offrent son premier vélo, son frère Nicolas, cycliste lui aussi. Puis, les premières victoires arrivent. Une ascension sportive assez exceptionnelle dans une carrière qui ne le sera pas moins (à la fin du livre, le palmarès entier de 1989 à 2002 !). Jalabert,-le fameux "Jaja"- c'est aussi un style, le panache, les échappées solitaires et l'accent modeste au coin de la bouche.

En 2002, Laurent Jalabert quitte le monde du vélo et du sport. Une année sabbatique qui le voit prendre quelques kilos. Cela ne lui convient pas...alors forcément, et c'est sa nature, un nouveau défi l'attend. Laurent se met à courir et comme il ne fait rien modérément, vite il se lance dans l'aventure du marathon. Le premier en 2005 à NewYork dans un temps de 2 h 55' qui le fait arriver 355ème! Exceptionnel aussi! Et d'autres marathons suivront alors: Londres, Chicago, Barcelone...Jalabert court quelques-uns des plus beaux marathons du monde. L'envie de faire du sport, tout simplement, de se défier, et c'est cela qui est superbe pour lui (pour nous comme exemple!), de se retrouver au milieu des sportifs anonymes, presque un anonyme aussi. Quelle humilité chez ce grand champion. Le sport juste pour le goût de l'effort . Il n'en reste pas là, la course à pied et ses conséquences physiques le font se tourner vers le triathlon, sport pluri-disciplinaire qui évite à ses jambes les contraintes de la course à pied. Ce sera donc, natation, vélo et course à pied. Et là encore, aidé de ses copains de Mazamet, il part vers un nouveau challenge: l'Ironman. C'est ce qu'il y a de mieux dans le triathlon: 3,8 km de nage, 180km de vélo et 42, 195 km de course à pied soit un marathon ! Laurent Jalabert obtient vite des résultats internationaux et se qualifie pour l'Ironman d'Hawaï qui constitue une de ses plus belles aventures sportives. Car Jalabert est avant tout un découvreur, un aventurier, il cherche toujours à s'épater. Il décrit tout de sa course à l'autre bout du monde, l'engouement autour de l'épreuve, toute sa préparation, les souffrances dans sa course et tout sportif ne peut être que passionné par ce récit. Pour cette épreuve (sorte de championnat du monde de triathlon) Laurent Jalabert finira 76ème sur 1800 concurrents! Fabuleux!

Et puis, autre voie de découverte: la télévision et le journalisme, on peut même dire le multimédia (Laurent Jalabert ne fait que les choses à fond...); multimédia donc, car il développe et s'occupe de son site Internet aussi. Pour la télévision, Laurent va retrouver le Tour de France, mais cette fois à moto. Accroché à son pilote et complice, il va commenter pendant plusieurs années l'épreuve reine du cyclisme, apportant des commentaires techniques, des analyses toujours pertinentes sans la grandiloquence qui exaspère tant le téléspectatur parfois. ( ...lui, on le croit;...lui, il sait! Pas comme..bref...) Des commentaires à l'image de l'homme, sans en rajouter, tout en simplicité. Laurent Jalabert se souvient de sa rencontre sur le Tour 2007 avec Nicolas Sarkozy, moment inoubliable où il a semble-t-il été très impressionné, interviewant le chef de l'état en direct depuis sa moto. Toujours pour la télévision, il devient consultant à Pékin pour les J.O. retrouvant le goût, la saveur des J.O auxquels il a lui-même participé aux mileiux d'athlètes de tous pays, de tous sports. Pour la radio, il anime une émission « le Club Jalabert » où il fait profiter les auditeurs de sa connaissance du milieu du cyclisme.

Et puis, il a aussi les prises de responsabilité sportive puisque Laurent accepte de devenir sélectionneur de l'Equipe de France de vélo, à l'heure où les champions français ne sont plus légions. Et enfin, dernier défi en guise d'épitaphe, l'écriture de ce livre.

Un récit passionnant pour tous les passionnés de vélo, de course et plus généralement de sport. Et pour ceux qui pratiquent moins, quelques bons conseils en fin de livre...

 

Une adresse enfin...

 

http://www.laurent-jalabert.com/

 


 


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posté le 17-09-2012 à 11:13:38

Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

                

 

 

 

Un roman qui m'a littéralement envahi...

Et comme le dit François Busnel en 4ème de couverture, c'est "un choc". ...et je rajoute un roc, une claque, une bombe ! Une bombe comme celle que l'IRA (L'Armée républicaine irlandaise) pouvait poser sous les voitures ou dans les pubs de leurs ennemis loyalistes, les irlandais protestants fidèles de la couronne britannique.

Ce roman que l'on peut qualifier d'historique retrace à travers la vie de Tyrone Meehan le conflit nord-irlandais qui oppose les catholiques républicains aux unionistes protestants, et cela depuis la guerre d'indépendance de 1916. La première partie du livre décrit l'enfance difficile de Tyrone à Killybegs, un port situé dans la partie nord-ouest de l'Irlande. Au début du vingtième siècle, les conditions de vie sont difficiles, et, entourés de ses frères et soeurs, Tyrone subit la violence d'un père qui s'adonne à la boisson. A tel point qu'un jour Padraig le père s'effondre dans la lande, obligeant la famille Meehan à émigrer et s'établir à Belfast. Tyrone grandit à la ville et découvre la haine qui oppose les catholiques irlandais aux anglais, d'une part et à leurs partisans, les protestants. Vouant une admiration immense pour les leaders du mouvement de l'IRA, il bascule doucement vers le combat républicain en intégrant le rang des jeunesses républicaines, les Fianna. Ensuite...bien sûr le combat armé et l'IRA.

Sorj Chalandon fait donc le récit de tout un siècle de lutte dans cette Irlande du Nord, de la guerre d'indépendance du début du siècle jusqu'à l'instauration de la paix en 1997 lors de l'accord du Vendredi Saint.

Tour à tour, c'est donc la tourbe de la lande, la mousse d'une Guiness dans un pub ou la poudre des combats de Belfast que l'on hume en lisant ce roman. Une ambiance donc. Et si la nature, la vie quotidienne et la misère y sont si bien décrites...que dire du drame humain? De la conscience, du remords? Ce livre est le récit d'un engagement jusqu'au boutiste pour une cause et d'une trahison, d'un passage à l'ennemi et des tourments qui en résultent. Poussé à la trahison, Tyrone Meehan est un homme pris au piège entre deux camps et qui, finalement, n'appartient alors plus à l'un ni à l'autre.

L'écriture de Chalandon, dans un récit qui fait des va-et-vient chronologiques dans la vie du héros, dans un récit qui frôle parfois le documentaire (Chalandon est journaliste) est magnifique. Elle donne un poids extraordinaire au récit. Des phrases courtes. Des phrases sans verbe, successions de clichés, d'instantanés saisissants, poignants, voire terrifiants. Et puis, de courts dialogues; pas un mot de trop, tout sonne juste dans l'intensité dramatique. Le passage sur l'emprisonnement et la vie en prison notamment est exceptionnellement poignant. Le dénouement est aussi terriblement fort.

C'est un livre dur, sans concession à la vérité, à la violence et à la haine entre ces "cousins" ennemis irlandais. Un superbe livre, entre roman de fiction et roman historique. Une réussite.

 

Ce roman a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011. 

 

 


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posté le 30-08-2012 à 07:15:11

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson

 

                             

 

 

Ce livre est un vrai régal ! Je le recommande sans la moindre retenue ! Il faut dire qu'après mes deux précédentes lectures un peu ternes, je n'ai pas voulu choisir un livre morose...et celui-ci est tout son contraire! Comme quoi, Jonas Jonasson montre qu'on peut être suédois et drôle, ...contrairement à Henning Mankell. Plein d'allant et de joyeuseté, l'auteur fait bien mieux que son collègue scandinave Paasilinna (qu'il cite d'ailleurs dans son texte, faisant un parallèle avec un de ses atypiques personnages).

Avec un tel titre et une telle couverture, on sent la farce, l'humour, le décalage...et bien, je peux avouer qu'on n'est pas déçu; l'auteur tient la route tout au long de ses 500 pages, virevoltant de péripéties en trouvailles, une inventivité exceptionnelle, de l'humour à revendre!

L'histoire de ce roman commence par un fait peu commun: un dénommé Allan Karlsson s'évade d'une maison de retraite alors qu'on allait lui souhaiter son centième anniversaire. Il se retrouve en pyjama et en chausson dans la rue et sans tarder, se retrouve par hasard en possession d'une valise contenant plusieurs millions de couronnes (et oui! la Suède n'est pas passée à l'euro mais rassurons-nous, ceci ne gêne pas la lisibilité du roman...). Son parcours hors de la maison de retraite va alors le conduire auprès d'un ancien truand Julius (un jeunot de 70 ans à peine...), d'un vendeur de saucisses/frites appelé Benny et d'une femme aux cheveux roux qui possède comme animal domestique une éléphante échappée d'un zoo, c'est Sonya !!!

Alors bien sûr, énoncé comme cela, cela semble un peu farfelu...La force de l'écrivain est justement de marcher sur la corde raide de l'humour, (quelle expression !... enfin, j'me comprends, vous m'avez compris ?), et Jonasson emploie un ton si particulier et si comique, c'en est franchement hilarant et cela fait de ce roman autre chose qu' une avalanche de gags.

D'autant plus que le récit de l'évasion, de la cavale d'Allan avec ses congénères rencontrés sur le chemin est entrecoupé du récit de la vie d'Allan...et là aussi, cela ne manque pas de piquant car Allan Karlsson aura eu une vie bien singulière, rencontrant tour à tour les plus grands dirigeants du 20ème siècle: Truman, Franco, Mao, Staline, Kim Il Sung, De Gaulle...épatant non? Surtout pour un homme qui n'aime pas la politique. Mais le 20ème siècle est une période historique truffée de guerres et Allan Karlsson a l'art de pouvoir manier les explosifs, et ça forcément, ça plait à tous les puissants ou dictateurs !

Combinant la vie de l'excentrique Karlsson avec les plus grands hommes et faits historiques du siècle passé, le livre de jonas Jonasson mérite réellement son succès en librairie.

A lire, à déguster, à savourer, une réussite !

 


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The niece of Bois le Roi  le 30-11-2013 à 09:12:21  #

Ta critique donne vraiment envie!je le note ;-)

 
 
posté le 25-08-2012 à 05:37:34

L e cerveau de Kennedy d'Henning Mankell

 

 

                               

 

 

Ce livre porte un titre bien énigmatique, il fait référence à ce que notre cerveau pourrait stocker comme information, une fois enlevé de notre boîte cranienne...

« Le cerveau de Kennedy » est une sorte de hors-série dans l' oeuvre de Mankell, un thriller géo-politique, une sorte de création « mankellienne » et pas particulièrement réussie. Ce livre essaie d'une part de combiner la résolution d'un crime, d'autre part et surtout, de poser des questions politiques et morales de notre société qui, par l'intermédiaire des multinationales, réduit la condition de l'homme africain au rang de cobaye dans les enjeux du traitement du SIDA. Ouf!

L'histoire se déroule aux 4 coins de la planète et je crois bien que si l'on faisait le « bilan carbone » des trajets et voyages...ce livre aurait une très mauvaise note !

C'est de Grèce où elle travaille, que l'héroïne du roman qui se nomme Louise Cantor apprend la mort de son fils Henrik. Louise, qui est archéologue, rentre précipitamment en Suède, elle est anéantie bien sûr et ne croit pas à la thèse du suicide de son jeune fils de 25 ans: retrouvé mort dans son lit, allongé en pyjama (alors qu'il dort toujours nu ...quel indice!) le corps blindé de somnifères, aucune trace de violence ni d'effraction, Elle tente alors de reprendre contact avec le père d'Henrik, avec lequel elle ne vit plus, mais celui-ci est un personnage bien étrange et fuyant; elle finit par le retrouver en...Australie. Tous deux vont entreprendre de comprendre les raisons du décès de leur fils et découvrir la vie secrète que celui-ci menait. Et cela les emmènera tout d'abord en Espagne, à Barcelone, où Henrik possèdait un appartement. Le couple essaie de faire revivre le passé de la vie d'Henrik: interrogatoires des personnes l'ayant cotoyé, fouilles d'ordinateur, de ses dossiers de travail....tout y passe. Ce sont alors des photos de femmes africaines et des silhouettes mystérieuses découpées retrouvées dans un livre qui vont mettre Louise sur une piste, celle de l'Afrique, et plus précisément du Mozambique. Direction Maputo. Entre temps, le père d'Aron, comme à son habitude, disparaît...

Louise est bien sûr particulièrement choquée de la perte de son fils, et ce n'est pas la moindre des qualités d'Henning Mankell que celle de nous faire partager sa détresse. Pleine d'interrogations et persuadée qu'un crime a été commis, elle va alors en plus découvrir l'Afrique. L'Afrique et sa misère, l'Afrique et sa violence, sa corruption, l'Afrique et le terrible fléau qu'est le Sida.

Marchant dans les pas de son fils disparu, Louise va, telle une archéologue, fouiller le passé d'Henrik et découvrir les raisons qui l'ont menées dans ce continent.


 J'ai terminé ce roman avec un énorme poids sur le coeur, dans les mains vu les contextes et aussi, un peu perplexe...Certes, il y a un suspense intense, une tension énorme dans ce roman, mais finalement, j'ai bien l'impression que l'auteur n'aura jamais vraiment choisi la bonne piste dans ce livre. A mi-chemin entre le thriller et le documentaire romancé, (Mankell vit ou a vécu au Mozambique) ce livre fait figure de manifeste dans le combat contre le Sida en Afrique et dénonce les méthodes des Occidentaux pour faire du fric avec une cause humanitaire. Du coup, l'intrigue est un prétexte et est un peu laissée pour compte, on navigue à vue et le personnage de Louise n'est pas crédible, tout du moins en tant qu'enquêteuse(...pas en tant que victime/maman).

 Dans la postface, Mankell écrit ceci: « Il y a vingt ans, entre la Zambie et l'Angola, j'ai vu un jeune Africain mourir du sida. C'était la première fois, mais pas la dernière. Le souvenir de son visage m'a habité durant toute la préparation et l'écriture de ce livre. »

 On comprend mieux alors les motivations de l'auteur, et si, j'avais eu à vivre cela, je crois que j'aurais beaucoup plus accroché à la lecture de ce roman. En tout cas, pas très joyeux à lire en été...

 


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posté le 17-08-2012 à 15:38:01

La terre des mensonges d'Anne B. Ragde

 

                                  

Ce livre est le premier volet de la trilogie des Neshov. Il est suivi de 2 autres romans "La ferme des Neshov" et "L'héritage impossible" qui font de cette oeuvre une saga familiale du Grand Nord.

L'histoire se déroule principalement près de Trondheim en Norvège dans une ferme isolée. Depuis des années, cette ferme est tenue et dirigée d'une main de fer par Anna Neshov, une femme agée et omnipotente. Un seul de ses trois fils, le dénommé Tor, qui consacre sa vie à l'élevage des porcs, habite aussi avec elle. Le père, également est présent  mais n'est qu'une plante, une ombre effacée. Peu de communication chez les Neshov, l'ambiance entre eux trois est délétère et particulièrement pesante.

Les 2 autres fils ne vivent plus à la ferme et n'ont plus de relations avec leur famille, ayant emprunté des voies différentes: Margido dirige une entreprise funéraire et vit seul; quant au cadet, Erlend, il vit à Copenhague avec son ami Krumme, une vie luxueuse et moderne, à 100 000 lieux de ce qu'il a vécu étant jeune à la ferme. On comprend rapidement que son homosexualité est la cause de son éloignement de la famille.

Le contexte est posé par l'auteur et elle fait cela parfaitement, alternant les descriptions chez chacun des trois frères, montrant les univers divergents. 

C'est bientôt Noël et Anna tombe gravement malade. Hospitalisée et n'ayant plus que quelques jours de vie, la fratrie va alors se rassembler autour d'elle après tant d'années d'ignorance. Même la fille que Tor a eue étant jeune et qui s'appelle Torunn, (fille qu'il n'a pas élevée), est présente. Dans cette réunion familiale naturellement on va évoquer l'avenir de la ferme. Les frères qui l'ont quittée vont-ils réclamer leur part? Et Torunn, la fille de Tor? Quid du père?

Quand Anna la doyenne disparait, c'est comme si la chape de plomb qui unissait toute la famille se fissure et que les rancoeurs et les secrets trop longtemps enfouis, peuvent enfin ressurgir et se révéler.

 

Anna B.Ragde a une écriture très soignée, c'est agréable à lire, malgré une ambiance pas très joyeuse. La plupart des personnages sont solitaires, pas très communicatifs. Quelques longueurs parfois aussi comme si l'auteur avait trop insisté sur les antagonismes des trois frères comme pour mieux les opposer: la solitude et les affres existentiels de Margido, son emploi de croque-mort; les relations d'Erlend avec son compagnon, son goût prononcé pour la fête; la vie à la ferme pour Tor l'éleveur des porcs...Et puis, que de "il" dans ce livre...on s'y perd parfois entre les 5 principaux personnages masculins !

Le dénouement final m'a laissé un peu sur ma faim. Un secret gardé va éclater au grand jour pour terminer le livre mais je m'attendais à quelque chose de plus explosif ! (l'habitude de lire des polars...?). Globalement, c'est un livre assez plat...tout du moins froid et terne, trop terne pour qu'il puisse me toucher. Ah! le thème de la famille...

Je ne pense pas revenir vers cet écrivain...je ne saurai donc jamais ce qui se passera pour la famille Neshov. Tant pis...il y a tellement d'autres bons livres à lire !

 


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posté le 13-08-2012 à 17:07:50

Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells

               

 

 

  Porter les prénoms de John Wayne n'est pas idéal pour passer inaperçu. Encore que le prénom porté par le héros n'est pas son principal problème. A 15 ans, John Wayne Cleaver (...and clever!) fait son maximum pour être un adolescent "normal", mais rien n'est gagné.

 

John habite une bourgade appelé Clayton aux US, (j'ai oublié l'état exact...) et grandit sans son père, parti du domicile il y a plusieurs années déjà, entre sa mère et sa soeur, mais les rapports sont souvent conflictuels. Au lycée, il est très isolé et son meilleur ami est un autre adolescent dégénéré et exclu comme lui. Ses contacts extérieurs sont si minces que ce n'est qu'avec le docteur Ben Neblin qu'il communique en thérapie. Et comme passe-temps, sa mère et sa tante le laissent les aider au funérarium où elles travaillent. Rien de tel que de préparer les morts, voire de les réparer avant la mise en terre ! Sans oublier, bien sûr, que notre jeune héros est passionné par les..."serial killer".

Mais ce livre n'est pas seulement la présentation d'un héros pour le moins original...car Clayton n'est pas une ville aussi tranquille qu'il pourrait le sembler! Les meurtres, tous très horribles, s'enchainent les uns après les autres dans cette charmante bourgade pavillonnaire et cossue...John s'y intéresse naturellement et va tenter de démasquer l'assassin... Qui peut être le mieux placé pour découvrir le serial killer sinon lui ?

Ecrit à la première personne, on entre facilement dans la peau de ce héros décalé et on suit alors avec intérêt sa recherche de l'assassin. Pas le temps de s'ennuyer, on est toujours à l'affût des idées de Dan Wells.

Beaucoup d'humour de la part de l'auteur, un brin de fantastique aussi, sans être trop farfelu ou déjanté, je me suis laissé prendre par ce bon policier et ai passé un bon moment à le lire. La suite s'appelle "Mr Monster", espérons qu'elle soit de la même veine.

 

 

 


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posté le 06-08-2012 à 08:17:11

Le roman de l'été de Nicolas Fargues

 

                               

 

C'est vraiment par hasard que j'ai découvert cet auteur alors que je fouinais vers la lettre E...E comme Echenoz dans les rayonnages de la Fnac... Rien de nouveau chez un maître, passons à la lettre suivante le F de Fargues. Parmi les quelques titres présentés, je choisissais celui qui me paraissait le mieux adapté à ma période de lecture.

"Le roman de l'été"...ne sera pas le roman de mon été, c'est certain et j'espère que mes choix seront meilleurs par la suite pour juillet et août !

Quel ennui pendant cette lecture, je me suis efforcé d'aller au bout mais n'ai pas vraiment compris où l'auteur voulait en venir.

Une galerie de personnages et un fourre-tout pour un auteur qui tourne en rond: l'histoire se déroule en Normandie, près de la Hague où le héros John Bennett, fils d'un illustre peintre, est un quinquagénaire divorcé qui cherche à écrire un roman (un bon?...tiens, tiens, comme l'auteur?). Sa fille Mary est une poupée parisienne qui fréquente Hubert, un chanteur de rock qui "se la joue"; Mary, donc, vient visiter son père John dans sa retraite normande en compagnie de son ami et d'une jeune italienne, rencontrée par hasard et envers laquelle elle va ressentir des sentiments ambigus. Les voisins de John sont les jeunes retraités Jean et Claudine, bien franchouillards et provinciaux, qui aimeraient tant demander à leur voisin John s'ils peuvent percer une fenêtre dans leur mur pour avoir une vue sur la mer. Le fils, Frédéric (ancien petit ami de Mary), travaille pour la SOREDA (pour ne pas la citer: AREVA) et va être engagé pour une mission très particulière: accueillir des jeunes de banlieue pour un stage de parapente.

Pour compléter le tableau bigarré, ne pas oublier le député-maire du coin, ancien camarade de classe de John, qui oeuvre pour sa carrière auprès de notre ex-président Sarko, le responsable de la SOREDA qui gère le projet "banlieue", le présentateur TV qui lui a écrit un roman (roman largement critiqué par John) et qui vient faire sa promo auprès des notables du coin, les copains de Jean l'effacé, le timoré qui font la discussion au troquet du coin etc....n'en jetez plus !!!

On pourra reconnaître à l'auteur qu'à travers ses nombreux personnages, entre lesquels il tente de nouer des fils, il aura réussi un instantané de notre société et des ses contradictions et différences, mais tout cela m'est apparu bien trop "cliché" et sans matière. Presque un roman d'été, somme toute.

 


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BERGAMOTE  le 06-08-2012 à 09:52:18  #   (site)

Je ne me fis pas vraiment à l'actualité, je connais ce livre mais pas lu.A bientot

 
 
posté le 23-06-2012 à 06:46:24

Un homme de tempérament de David Lodge

                                     

 

  Même si des livres comme "L'homme invisible", "La machine à remonter le temps" et "La guerre des mondes" nous disent bien quelques chose, c'est surtout parce que ces romans de Wells ont été portés à l'écran. Car H.G.Wells est un écrivain très prolifique dont l'oeuvre est un peu oubliée (personnellement je n'ai lu aucun livre de l'auteur, d'autant plus que je ne suis pas passionné par la science-fiction).

  Dans ce copieux ouvrage (700 pages!), David Lodge s'est intéressé à son illustre prédécesseur en puisant dans toutes traces écrites touchant de près ou de loin avec Wells: lettres, biographies, récits, articles de journaux ce qui en fait un livre extrêmement bien documenté. Habilement, il retrace les différents pans de la riche et longue vie d'Herbert George Wells (1866 - 1946). Dans le contexte historique du 20ème siècle et ses deux grandes guerres, nous découvrons sa vie sociale tout d'abord, son investissement dans la vie politique anglaise et notamment les premiers pas du socialisme et la montée du féminisme. Nous passons d'un siècle à l'autre en revivant le traumatisme de la Grande Guerre vue de Grande-Bretagne.

  David Lodge nous fait part également dans ce gigantesque récit biographique de Wells -qui ne cessa d'écrire des romans où il se révèle tout à la fois visionnaire et humaniste-, une sorte de Jules Verne anglais mâtiné d'un peu de Zola ! (enfin, c'est ce qu'il me semble, avec mes maigres références littéraires). Et puis enfin, ce qui amuse et a sans doute amusé Lodge, c'est la vie amoureuse d' H.G. Wells... l'homme de tempérament, là encore précurseur dans sa façon de vivre son ou ses amours.

  Sur ce dernier point, on ne sait quelle est la part de vérité, quelle est la part de fiction. Car Lodge s'est laissé une marge de manoeuvre pour ne pas être que l'universitaire brillant qui enquête sur la vie publique d'un illustre prédécesseur. La part de roman se situe là, sans doute.

  H.G.Wells est donc un homme de tempérament, autrement dit,  un homme à femmes (ce qui aurait fait un titre moins flatteur !). Marié plusieurs fois, mais l'essentiel de sa vie à Jane, il a multiplié les aventures, notamment avec de plus jeunes femmes qu'il séduisait par sa verve et sa fougue amoureuse. Wells a toujours considéré l'acte amoureux comme...une activité et, de toute sa vie, il n'a jamais cessé d'aimer séduire tout en restant fidèle mentalement à son épouse. Lodge retrace ses multiples rencontres et conquêtes et aussi les conséquences qu'elles ont pues avoir sur son oeuvre et sur sa carrière politique. On peut penser à un autre destin pour Wells si quelques scandales n'avaient pas éclaté. L'Amour libre que Wells a vécu (le ménage à ...3 !) et qu'il a retranscrit dans ses romans a choqué pour l'époque et a trouvé nombre de détracteurs. 

  Roman foisonnant, tumultueux, épais donc, riche et proprement écrit, Lodge fait preuve de son talent pour retracer la vie d'un grand Homme, de cet homme curieux de tout, toujours pressé, grand homme de progrès et d'humanisme, toujours à l'affut des découvertes dans le monde des sciences, précurseur dans bien des domaines. Avec un titanesque travail de recherche et de documentation, Lodge agrémente son récit de faits réels mais n'hésite pas à y ajouter une part de fiction en inventant de fausses interviews de Wells ou en enjolivant les différentes liaisons de cet homme à femmes. C'est parfois même très croustillant et amusant.

   Ce livre mi-biographie, mi-roman est une belle réussite, même si je l'ai trouvé un peu long et redondant (trop de femmes!). Et pour finir, je dirais que, pour une fois, Lodge n'a pas pris comme personnage principal de son roman un professeur universitaire, il a lui même tenu ce rôle.

 

 

 

 


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