VEF Blog

Titre du blog : Le pivot d'Héricy
Auteur : laugo2
Date de création : 12-04-2009
 
posté le 04-01-2013 à 08:18:46

Un an de Jean Echenoz

 

                           

 

 

Un petit bijou stylistique. Il ne faut pas plus de deux heures pour lire et dévorer ce roman d'Echenoz. Un an c'est peut-être dans l'oeuvre de Jean Echenoz un des plus ténus et minimalistes romans au niveau du scénario et un des plus forts pour faire passer la pilule...je veux dire...comment écrire sur rien ou presque une histoire de cent pages si l'on ne manie pas comme il le fait la langue et la volupté des mots? Comment écrire une histoire qui ne perd rien de sa légéreté et de son humour, quand, tout au long du roman, tout ressemble tant à une chute et une déliquescence ? Et sans avoir un thriller entre les mains, comment ne pas être happé irrésistiblement par ce road-movie franchouillard avec une envie incessante de connaître la suite et la fin ?

  C'est là tout le talent de Jean Echenoz...et sans rien dévoiler de l'histoire de cette histoire sans véritable histoire, sans rien dévoiler de Victoire l'héroïne du roman, voici quelques perles de phrases repérées au fil des pages....

  Dans cette histoire où l'on prend le train, (mais aussi, comme pour tout bon road-book, la voiture et le vélo), et après avoir décrit les extérieurs banlieusards sur un départ de la gare Montparnasse, voici l'intérieur d'un compartiment:

«  Rien en somme sur quoi se pencher longuement sans lassitude, mais l'intérieur du train, à moitié vide en cette saison, n'apportait guère plus de spectacle. Un couple âgé, trois hommes seuls dont un masseur endormi, deux femmes seules dont une enceinte puis une équipe d'adolescentes à queues de cheval, appareils dentaires et sacs de sport, en route vers le match nul. »...

  Victoire l'héroïne est une femme énigmatique et...

«  Tout le temps que N. avait parlé, Victoire dans les interstices livra le moins d'informations possible sur elle-même. Non par méfiance particulière, en tout cas pas seulement, mais telle était son habitude (...)Victoire était ainsi: comme il faut bien parler quand on rencontre du monde, elle s'en sort en posant des questions. Pendant que le monde répond, elle se repose en préparant une autre question. »

  Et puis, Victoire fréquente la plage et « Victoire s'installait à l'abri, loin de l'eau glacée, dépliait une serviette puis un journal et, assise sur celle-là, feulletait celui-ci sous son walkman . » L'héroïne doit manger et «  Pour se nourrir, il lui était arrivé les premiers jours d'aller dans les restaurants les moins chers, elle abandonna vite, moins pour l'argent que pour l'espace: on ne sort d'un restaurant que pour rentrer chez soi, en sortir pour ne rentrer nulle part revient à se retrouver doublement dehors. »

  Pour finir, Victoire rencontre deux hommes qui l'hébergent et l'un d'entre eux se nomme Castel, l'autre Poussin: «  La voix de Castel était un peu cassée, lyophilisée, sèche comme un échappement de moteur froid, quand celle de Poussin sonnait toute en rondeur et lubrifiée, ses participes glissant et patinant comme des soupapes, ses compléments d'objet dérapant dans l'huile. »


  Que dire de plus de ce subtil roman ? Qu'une jolie pirouette nous attend à la dernière page (déjà!) et que c'est toute la magie d'un roman d'Echenoz que l'on referme à regret sans toutefois admirer l'écriture de son auteur qui nous laisse amusé et comme en apesanteur...Ah! Si....