Le pivot d'Héricy

Mes critiques littéraires

posté le 14-04-2020 à 06:37:43

Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz

 

  

 

 

  

 

 

  Prenant comme pseudonyme le nom d'un volatile pour son personnage principal, Jean Echenoz nous indique que le burlesque donnera son plein dans cette comédie policière.

  Gérard Fulmard habite Paris et a 46 ans; sans enfant, sans famille, aucun lien social à part une visite régulière chez un psychiatre qu'il soupçonne de s'intéresser plus à ses émoluments qu'au bénéfice d'une quelconque thérapie. Demandeur d'emploi. c'est en passant devant l'agence de détective Duluc qu'il décide de lancer sa propre affaire: le Cabinet Fulmard Assistance. Il est vrai que Gérard passe son temps devant des films policiers et a, il le pense, une bonne connaissance du métier d'enquêteur. Il ouvre donc sa petite entreprise chez lui, rue Erlanger dans le 16ème arrondissement de Paris. Les clients n'affluent pas et l'on voit bien, après une première sollicitation pour une recherche de personnes puis une entourloupe où il se fait piéger et manque d'y laisser sa vie que Gérard n'est pas plus habile pour le rôle d'enquêteur qu'un fulmard le serait pour vivre dans nos contrées tempérées(...le fulmard est un oiseau marin de l'hémisphère Nord).

  Et puis, parallèllement à cet anti-héros, Jean Echenoz choisit de nous entraîner à l'intérieur des organes d'un micro-parti politique : la FPI (Fédération Populaire Indépendante.) On se demande d'ailleurs ce que ce parti peut véhiculer au niveau "populaire" puisque son bureau, ses dirigeants habitent vers Neuilly dans un complexe ultra sécurisé et réservé aux nantis. Et, on se demande, vu la faune qui compose cette nomenklatura dirigeante, si l'auteur ne s'est pas inspiré du clan Le Pen. En tout cas, il y a des remous à la tête de la FPI et un bon nombre de dirigeants aimeraient bien prendre la succession du maître à penser, un dénommé Franck Terrail, bien fatigué de la politique et de la vie. Et pour faire une bonne transition à la tête d'un parti, il est parfois bon d'éliminer le ou les gèneurs...surtout lorsqu'on trouve un homme de main, un peu naïf mais motivé par son rôle à jouer.

   On retrouve dans "Vie de Gérard Fulmard" le style inimitable de Jean Echenoz et sa lecture est toujours une vraie jouissance; inconditionnel, j'y ai retrouvé son talent de composer de belles phrases, à rebonds, l'utilisation d'un vocabulaire méticuleusement choisi et l'art de faire des digressions truculentes. A lire et à déguster les anecdotes sur la rue Erlanger, lieu de vie de notre Gérard... 

A classer dans la catégorie "policier" pour l'histoire et son intrigue, quelques éléments empruntés au genre, mais un policier écrit par Jean Echenoz ne peut en être un seulement et c'est ce qui fait  son charme.

 

 

 


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posté le 25-01-2020 à 06:57:07

Norilsk de Caryl Férey

 

 

  

 

 

J'ai toujours apprécié les romans policiers exotiques de Caryl Férey  qui combinent les intrigues politiques et le contexte politique des pays où se situent l'action: l'Afrique du Sud avec Zulu, l'Argentine avec Mapuche.... Caryl Férey est un grand voyageur et cette fois c'est au fin fond de la Sibérie qu'il entraine son lecteur.

Avec Norilsk, l'auteur n'a pas écrit un policier bien qu'il en détaille le synopsis à la fin du livre. Norilsk est un récit de voyage mettant en lumière l'action de l'homme sur une des régions les plus désertiques du monde et assurément la plus froide et sûrement la plus polluée.

Alors, qu'est-ce qui pousse Caryl Férey à partir dans cette région du monde où il n'y a rien ? Une sorte de challenge, animé d'une certaine curiosité, celle du voyageur, l'envie de découvrir en deux semaines ce bout de terre situé en Sibérie, à trois cents kilomètres au nord du cercle polaire. Il faut avouer que passer deux semaines dans la plus grosse cité minière du monde avec un froid pouvant aller jusqu'à - 60°c...c'est excitant! Et pour l'accompagner dans cette "mission", Caryl convainc son ami appelé "La Bête", une sorte de pied nickelé, un grand escogriffe borgne qui, par ses péripéties va égayer le récit.

 

Rallier la Russie et plus encore la Sibérie n'est pas une mince affaire...car sans autorisation du FSB (ancien KGB), impossible de se rendre à Norilsk, elle est interdite aux touristes étrangers ou même russes. Cette ville est un ancien goulag alors...forcément, les Russes n'aiment pas trop les visiteurs étrangers. et puis, et puis, il y a les activités industrielles! Norilsk regorge de minerais et est le plus grand site mondial de'extraction de nickel. Pas simple d'entrer un monde de culture totalitariste où la statue de Lénine est encore bien présente, témoin d'une Histoire révolue.

Mais, une fois arrivés, c'est pour plus simple pour les deux deux voyageurs: chaque pays a ses codes et, comme il ne faut pas éborgner l'image ancrée à celle des soviétiques: Caryl férey nous parle des propensons stratosphériques des russes pour la boisson. Que peut-on faire à Norilsk sinon boire? En tout cas, une belle façon de sympathiser pour nos deux larrons en foire qui n'hésitent pas à croiser le verre de vodka avec les ouvriers, les mineurs, s'inscrivant presque dans la tradition russe du "zapoï". Cette tradition qui semble encore bien ancrée dans les campagnes russes et qui consiste à se saouler pendant plusieurs jours de suite...Ils n'iront toutefois pas jusque-là. Mais cela leur permet d'être au plus près de la population locale ouvrière travaillant dans les mines. Les deux Français sont accueillis avec surprise mais beaucoup de chaleur (!), normal dans cette glaciale contrée. "Norilsk me rappelait Roubaix, une ville à qui l'on a cassé la gueule et qui couvait des trèsors d'humanité." nous dit Caryl férey.

Mais boire n'est pas la seule occupation, les deux amis, acompagnés d'une charmante hotesse appelée Bambi vont découvrir la ville-usine où autrefois 500 000 prisonniers furrent contraints d'extraire le nickel, le cuivre, le charbon...Alors le paysage est plutôt mortifère avec ses usines désaffectées ou pas, ses pylônes, ses poteaux, ses champs de pipe-line ou autres carcasses métalliques laissées à l'abandon au bas de terrils fumants. Quel spectacle ! Quelle désolation. Mais cela existe bien sur notre planète...quelque part, dans l'Est.

De ce voyage extraordinaire, "Inoubliable" d'après l'auteur, le voyageur rapportera quelques cailloux, de splendides photos  (la jaquete est superbe) et le souvenir de belles rencontres humaines. 

A lire pour ceux qui aiment l'Est, le récit d'un voyage atypique dans un monde inconnu du grand public

 

 

 


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posté le 18-11-2019 à 06:16:39

La vérité sur la comtesse Berdaiev de Jean-Marie Rouart

 

 

Un livre assez insignifiant et l'où on n'a qu'une hâte...en finir! Rien d'emballant dans ce déballage d'anecdotes "Point de vue, Images du monde" ! Un dur commentaire mais je n'ai pas compris au final, l'idée directrice qui a généré ce livre...Comme quoi, il ne suffit pas d'être académicien pour passionner les foules.

Ce roman m'a attiré pour son titre et par le pitch historico-politique ( la période transitoire 4ème / 5ème République, l'exil d'une russe blanche, les ballets roses dont je n'avais jamais entendu parler) ...et m'a bien déçu, n'y trouvant qu'un "court" (heureusement) fourre-tout, prétexte à une prose ampoulée voire pédante.

En gros, pour faire simple...l'auteur a voulu, en présentant le personnage de la comtesse Berdaiev, exposer les collusions, les influences, les dérives ou petits arrangements  et l'éventuelle fragilité et chute du pouvoir politique : ce pouvoir qui permet tout, contrôlant la police ou la justice (jusqu'à une certaine limite), attirant à lui tout à la fois le milieu journalistique, l'aristocratie ou bien encore le milieu de la prostitution de mineurs ! Vaste sujet...vastes sujets... 

Trois parties pour ce roman dont les titres sont un peu curieux:..."les nuits d'Ibiza" (ce qui est juste le lieu de rencontre de la comtesse avec un amant) où vous pourrez trouver un maelstrom des personnages du roman..."la chamane de Sibérie" , partie très historique qui présente la famille et les amis de la comtesse russe, la fameuse chamane faisant une révélation d'une importance toute relative pour la trame du roman (mais...y'en a t-il une?) et enfin..."autonomie d'un scandale", troisième partie bâclée où l'on revient "un peu" dans le sujet de l'affaire politique. ( réactualisée, qui pourrait être dans ses conséquences, une sorte d'affaire DSK).

En bref, un petit ouvrage de 220 pages de blabla avec une galerie foisonnante de personnages , de verbiage pompeux et franchement...inintéressant. 

 


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